En 2011, l'émission Karambolage sur Arte m'avait commandé un épisode sur le bonnet Jacobin.
15 ans plus tard, c'est Claire Doutriaux, fondatrice de l'émission, qui revient préciser l'usage de ce mot dans la langue française avec un angle un peu différent mais comme j'étais le réalisateur originel, les productrices de l'émission, Jeanette et Maija, me proposent le sujet comme une reprise de contact après 8 ans d'arrêt.
retour en piste
J'ai accepté avec plaisir de reprendre un peu la voie de la réalisation didactique, surtout sur un texte qui n'est pas le mien. C'est l'avantage des émissions de qualité de durer dans le temps.
Dans le nouvel espace de travail que je me suis aménagé, j'ai installé un banc-titre qui me permet d'utiliser mon appareil photo en lien avec ma licence de DragonFrame, j'ai donc décidé de partir sur le petit challenge technique d'animation en papier découpé rehaussés de crayon de couleur, associé à du bricolage sur After Effects pour un rendu mixant digital et analogique et j'ai aussi investi les nouvelles connaissances sur Blender pour y mettre quelques plans 3D.
J'ai donc repris le sujet avec un œil neuf, l'Histoire de la Révolution ne m'est pas inconnue mais dès qu'il s'agit de donner corps à des époques passées, le défi est toujours complexe, surtout quand on a le désir de la clarté.
Le premier challenge a été de représenter les maires catalans dont il est question au début du sujet.
Crédit photo : La semaine du roussillon @ ACN, L’Indépendant
Dans le même style, je me suis attaché à la représentation des quelques figures historiques citées en partant de documents peints de l'époque - portraits, gravures...
J'avais envie de mettre en avant l'animation des mains, j'ai essayé de jouer avec les propriétés de flexion et de plis du papier.
une montagne disparue
Comme toujours la difficulté est d'être fidèle à l'histoire et la représentation des bâtiments a été délicate. Le couvent des jacobins ou la montagne de la salle du manège n'existant plus depuis longtemps.
Les gravures et représentations de l'époque sont assez vagues en terme de dimensions, nombre de fenêtres... Le club des jacobins se réunissait dans la bibliothèque du couvent des Jacobins, il y a peu d'images de ce lieu, j'ai donc reproduit le couvent tel qu'il est majoritairement représenté et simulé un rendu papier découpé dans Blender.
La Salle du manège où se tenaient les assemblées parlementaires entre 1789 et 1798 se situait à l'emplacement de l'actuelle rue de Rivoli et a été détruit en 1804. Les documents spécifient qu'elle faisait 9m de haut, ce qui semble parfois loin des représentations de l'époque. Je me suis basé sur des plans et une maquette pour la modéliser grossièrement et essayer de représenter la hauteur des derniers rangs qui expliquent ce sobriquet de "montagnards" pour désigner les révolutionnaires les plus à gauche.
Sinon j'ai eu du plaisir à animer les différents personnages et à les styliser, en animant assez basiquement à 10 images par seconde, j'ai fait au mieux de mes capacités en animation.
J'ai aussi testé des petits effets de découpe et déchirure pour la décollation de Louis XIV, tests que j'ai assemblé en une même vidéo.
Remarques en vrac
A 2'46 je place Danton vociférant au lieu de Robespierre, plus représentatif des montagnards dans l'inconscient collectif (il fut un des derniers survivants), je le fais parce que Danton est réputé grand orateur et me semble plus photogénique. Mais techniquement Danton était à priori dans le privé pour sauver le roi - ce que ne manqueront probablement pas de rappeler les savant·e·s téléspectateurs·rices d'Arte - même s'il a voté pour sa mise à mort. Je le fais représenter les jacobins en général.
J'ai retrouvé cet extrait d'une de ses prises de parole de janvier 1793 : « Je ne suis point de cette foule d'hommes d’État qui ignorent qu'on ne compose point avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois qu'à la tête, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de l'Europe que par la force de nos armes. Je vote pour la mort du tyran. »
Le politicien final est censé être François Bayrou, qui a souvent utilisé l'expression "état jacobin" en tant qu'élu des Pyrénées. Dans un de ses discours de 1999 contre le gouvernement Jospin, il y a 7 occurrences du mot.
Je souligne trois références qui passeront probablement inaperçues. Sur la carte j'ai placé le village gaulois d'Asterix, clin d’œil à la carte et la loupe. J'ai aussi transformé Robespierre en Super-Sayan et placé un canard en plastique dans la baignoire de Marat, hi hi.
Pour finir, la typographie que j'ai utilisée est la Pangaia de chez Pangram Pangram, mais j'ai systématiquement redessiné les glyphes au crayon pour le rendu, j'ai dessiné les glyphes du mot Terreur en m'inspirant d'anciens caractères en bois et il y a quelques apparitions de la Futura.
L'épisode est diffusé pour la première fois le dimanche 12 avril à 19h30, il sera ensuite disponible sur la page de Karambolage.