Technophile, j'ai toujours été entouré d'ordinateurs. Je manipule des logiciels depuis ma prime adolescence.

J'ai accueilli toutes les nouveautés avec enthousiasme : la démocratisation des ordinateurs personnels, ordinateurs portables, internet, courriels... J'ai eu quelques doutes sur les smartphones mais je reconnais volontiers leur intérêt — j'en ai toujours un en poche qui me sert de montre, de compas, de réveil, d'agenda, d'organiseur, de console de jeu, etc. —, les réseaux sociaux s'avèrent souvent pratiques, le streaming vidéo ou musical itou...

prise de tech

Ce n'est que récemment, quand on commencé à entendre parler des enjeux écologiques de ces technologies, de leur inquiétante croissance, des dépendances cognitives et psychologiques, idéologiques et morales qu'elles peuvent engendrer, et de la problématique plus générale du réchauffement climatique, que j'ai commencé à remettre un peu en question cette mienne passion.

Je veille toujours, mais je freine tout doucement, à mesure que je vieillis.
Aussi parce qu'avec mes 55 ans, je sais ce qu'était un monde sans. Sans réseaux sociaux, sans téléphone portable, sans tablettes graphiques, sans internet... Je n'ai donc aucun mal à l'imaginer.

Je refuse le cloud, j'évite les drives, je n'ai pas mordu à Tiktok, j'ai à peu près lâché Youtube ou Twitch...

L'arrivée des intelligences artificielles qui, rappelons le toujours, ne sont ni intelligentes (plutôt statistiques ou prévisionnelles) ni artificielles (puisqu'elles s'appuient sur tout un tas d'infrastructures matérielles lourdes et coûteuses - dans tous les sens du terme) n'a pas échappé à cette fascination.
Il faut bien dire que c'est assez incroyable à observer. La génération d'images, de vidéos, de texte ou de code.

Les hallucinations malhabiles du début avaient même une esthétique marrante, du glitch++, de l’aberration computationnelle rigolote. Une forme d'imitation grotesque de l'humanité mais assez risible, avec des doigts en trop, des visages trop parfaits, des mouvement anatomiquement improbables...

Maintenant, ces outils sont matures et ils sont devenus effrayants.

J'ai testé le vibe coding, codage assisté par l'iA (Claude en l'occurrence, via VSC) et cette impression que le logiciel lit dans vos pensées est flippante... L'iA anticipe vos actions, suggère des améliorations, simplifie et accélère...

J'ai utilisé les sélections intelligentes de Photoshop, le remplissage génératif pour combler des trous ou cacher des objets. J'ai testé Dall-e, Midjourney, Firefly, ChatGPT, Claude...

La science fiction nous rattrape.

HAL est là.


En tant qu'enseignant en design, je vois clairement ce que ces logiciels peuvent faire comme dégâts. Pas tant pour moi que pour les générations de jeunes créatifs qui continuent de vouloir vivre de ces activités.



militons !

Et donc après avoir observé, testé, discuté avec des gens éclairés, lu un tas de trucs sur le sujet, j'ai décidé simplement d'éviter tant que faire se peux de les utiliser.

Comme j'évite de prendre l'avion, comme j'ai décidé de ne plus avoir de voiture.

Et de le dire.

De dire tous les dangers que ces technologies représentent.

Les implications tacites qu'on nous force à embrasser, vers le réchauffement climatique, le techno-solutionnisme, l'illusion du meilleur, l'accélération vers l'abîme, le capitalisme en roue libre.

J'ai donc créé trois affiches scatologiques, repoussantes, pour attirer le regard et espérer que les gens liront les 12 points où j'explique les problématiques que l'iA pose.

Je trouve qu'un seul de ces points peut entraîner raisonnablement l'abandon de son utilisation systématique. Et j'en ai listé sans peine 12, en créant une page qui source des articles, des liens, du matériel militant (affiches à télécharger) :


12 points pour refuser l'iAg

Alors oui, en faisant toutes mes recherches, j'ai lu tout ce que l'iA apporte à la science, les avancées qu'elle permet dans la gestion de données, la production de synthèses.

Mais il y a aussi probablement un peu de propagande là dedans, et je pense que les inconvénients dépassent largement les avantages. L'accélération que ça impose à nos sociétés me semble toxique et dangereuse.

Premier jet d'affiches, j'aimais bien le "Ya / Nein" mais je crois que personne ne comprenait :)


En adoptant une posture anti-iA j'ai un peu peur de me ranger dans le camp des critiques réactionnaires d'un monde qu'ils ne comprennent plus.

J’entends aussi ceux qui dénoncent la critique de l'iAg comme une tentative de préservation du pouvoir des créatifs. L'iA serait une forme d'émancipation populaire de la créativité.

Mais c'est surtout la reconnaissance que cette technologie a des conséquences et, manifestement, elles sont catastrophiques.